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Le papillon mangeur de fourmis

Publié le par tytothomas

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Oh le beau papillon, c'est si poètique, après avoir mangé des herbes au stade de chenille il volette maintenant pour butiner le nectar des fleurs... eh non !

 

L’Azuré du serpolet, Phenagris arion ou Maculinea arion est probablement l’une des espèces de papillons dont le cycle est le plus complexe et intéressant qui soit. C’est principalement en raison de ce cycle qu’elle a été étudiée par plusieurs générations de chercheurs, depuis le début du siècle dernier jusqu’à aujourd’hui.

 

Ce grand papillon a en effet un cycle très particulier puisqu’il est parasite des sociétés de fourmis. Il a besoin de deux hôtes différents pour atteindre le stade adulte. Le premier hôte est une plante, le second est une espèce de fourmi.

 

L’Azuré du serpolet est un papillon de 28 à 30 mm d’envergure. La surface de ses ailes est bleu pâle chez les deux sexes avec des marges noires et des gros points noirs.


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Azuré du serpolet - Phenagris arion sur Origan - Origanum vulgare


Il vit principalement dans les pelouses sèches, pierreuses où l’on retrouve du thym ou de l’origan. Son aire de répartition est très large puisqu’elle va du centre de l’Espagne au sud de la Suède et jusqu’au Japon.

Malgré cette grande aire de répartition, les populations sont toujours en faible effectif et souvent isolées.

 

Cette espèce est classée NT sur la liste rouge mondiale de l’UICN, c'est-à-dire quasi menacée. Sur la liste européenne ainsi que sur la liste française, elle est classée EN, c'est-à-dire en danger.

Elle est donc de ce fait présente sur l’Annexe IV de la Directive Habitat et sur l’Annexe II de la Convention de Berne.

Ce papillon est également protégé par la loi française (arrêté du 23 avril 2007, article 2).

 

La période de vol des imagos (adultes) s’étale de mi-mai à août, selon la latitude ou l’altitude. Ils se nourrissent sur les fleurs.


La femelle pond ses œufs sur les boutons floraux de la plante-hôte : Thymus Linnaeus 1753 ou Origanum vulgare Linnaeus 1753 selon le lieu. Elle ne dépose qu’un seul œuf par inflorescence. Elle est spécialisée sur ces deux genres, essentiels pour le développement des chenilles.

 

A peine éclose, la jeune chenille s’enfouit dans l’inflorescence et la dévore de l’intérieur, se nourrissant des carpelles et restant cachée dans les fleurs pendant 2 à 3 semaines. Après sa troisième et dernière mue, c'est-à-dire au quatrième stade de son développement, elle descend au sol ou se laisse tomber.

 

Un fois au sol, la chenille attend d’être prise en charge par des fourmis du genre Myrmica. Pour favoriser ses chances d’être découverte par ces fourmis qui constituent son second hôte, la chenille va alors se placer dans des micro-niches utilisées par les ouvrières pour la récolte de nourriture.

De plus, elle ne va pas y aller n’importe quand mais elle choisira le moment de la journée où il y a un pic d’activité de collecte de nourriture chez son hôte. Elle ira même jusqu’à sécréter des composés alléchants visant à attirer les fourmis, mais cela uniquement quand l’espèce hôte passe à proximité (Thomas 2002).

Une fois le contact établi, les ouvrières vont réaliser un rituel de reconnaissance. En effet, les fourmis se reconnaissent entre elles au sein d’une espèce par leur profil en hydrocarbones. Chaque espèce a sa signature. On s’aperçoit que les chenilles de Phenagris ont co-évoluées avec leur espèce hôte de Myrmica de manière à être recouvertes des mêmes substances hydrocarbonées (Elmes et al. 2002). La fourmi croira donc qu’elle a en face d’elle une larve de sa fourmilière, étrangement égarée.

Après ce rituel de reconnaissance, l’ouvrière l’emportera dans sa fourmilière (Sielezniew 2010).

 

La jeune chenille est maintenant dans la fourmilière, au milieu des larves de fourmis, comme si elle en faisait partie. Elle change alors complètement de régime alimentaire et commence à dévorer le couvain (les oeufs et larves) de son hôte. Cependant, les ouvrières la négligent complètement. On en déduit qu’à ce moment là, soit la chenille sécrète encore des phéromones analogues à celles des larves, soit elle n’a aucune phéromone et n'a donc pas d'odeur.

Dans une étude de Thomas et al. (1990) on apprend qu’il arrive que les chenilles meurent souvent 10 jours après leur arrivée dans la fourmilière, ce qui correspond au moment où elles dépassent la taille des larves de fourmis. Elle devient ainsi plus facilement repérable par les ouvrières qui nourrissent les larves. C’est ce qui expliquerait principalement une forte variation des effectifs d’imagos d’une année sur l’autre. Cela est dû à la présence ou l’absence d’une reine dans la fourmilière. La mortalité des chenilles est en effet 2 à 3 fois supérieure lorsqu’il y a une reine. On ne connait pas encore exactement les raisons de cette surmortalité, mais on suspecte qu’elle soit due à des phéromones émis par la reine, qui démasquerait le parasite de société.

 

La chenille hiverne ensuite dans la fourmilière, cessant son activité en même temps que les fourmis pour la reprendre au printemps. Un an après la ponte, la chenille, parvenue à maturité, se transforme en chrysalide dans la fourmilière. Une partie des chenilles resteront cependant un an de plus dans la fourmilière, ayant pour conséquence des émergences bimodales bénéfiques à la survie de l’espèce car la préservant d’incidents climatiques ponctuels.

Trois semaines plus tard, le papillon, appelé imago, en sort rapidement pour rejoindre l’air libre.

 


 

Après avoir cru que cette espèce de papillon était généraliste, on s’est donc aperçu qu’elle avait un hôte principal qu’on a cru être le seul hôte possible pour cette espèce. Au fur et à mesure de l’avancement des connaissances on a pu mettre en évidence le fait que cette espèce n’a pas un hôte possible mais bien 8 espèces du genre Myrmica. Toutes ne peuvent pas permettre à la chenille d’achever son développement mais au moins deux le peuvent. Bien que cette donnée permette d’espérer une meilleure assurance de survie de cette espèce, il est important de noter que Myrmica schencki  est considérée comme étant une des espèces les plus xérophiles (qui aime les milieux secs) de toutes les espèces communes de Myrmica en Europe (Elmes et al. 1998, cité par Sielezniew et al. 2010).


Phenagris arion est donc une espèce qui a plusieurs hôtes potentiels mais qui garde une niche écologique très étroite.


Pour maintenir une population en bon état, il est donc important de contrôler l’embroussaillement et qu’il y ait une mosaïque d’habitats tout en conservant des corridors. Le pâturage extensif des chevaux et le labour opéré par les sangliers contribuent fortement à cette diversification d’habitats de différents stades favorable à cette espèce de papillon (Sielezniew et al. 2010).

 

Cette espèce a été particulièrement étudiée en raison de son extrême sensibilité à son milieu. En effet, si son milieu n’est plus pâturé de la même manière, il évoluera naturellement. Phenagris arion perdra alors sa plante hôte, son espèces de fourmis hôte ou l’une des deux et disparaîtra rapidement.

 

C’est une espèce parapluie puisque ses exigences sont si poussées que sa présence suffit pour savoir quelles autres espèces, un peu moins exigentes, sont présentes sur le site. Si elle disparaît c'est que son milieu est dégradé et donc que d'autres espèces disparaissent aussi. Elle pourra donc servir de bioindicateur puisqu’elle est fortement liée à son milieu, un bioindicateur étant une espèce dont l'évolution des population permettra de comprendre l'évolution de son milieu en entier.

 

En Grande Bretagne, Randle et al. 2005 (cité par Spitzer et al.) ont fait des recherches sur une possible relation multipartite entre les fourmis du genre Myrmica, leur parasite Phenagris arion, la violette (Viola spp.) et le grand collier argenté (Boloria euphrosyne), une autre espèce de papillon menacée.

La relation est ici très complexe. Les ouvrières des fourmis vont collecter les graines de violette puis les ramener dans leur nid. Si la fourmilière est de petite taille ou le nombre de chenilles d’Azuré du serpolet important, la prédation exercée va alors décimer la fourmilière qui va finir par être abandonnée. Cet abandon va permettre aux graines de violette de germer plus facilement à l’intérieur de la fourmilière que dans des conditions normales et Randle s’est rendu compte que les grands colliers argentés sélectionnent préfèrentiellement les pieds de violette qui ont poussés sur d’anciennes fourmilières.

Indirectement, l’Azuré du serpolet rend donc service au grand collier argenté.

 

La nature n'a pas fini de nous surprendre...même chez nous !

Photographies réalisées dans le Gers, sur le site Natura 2000 des côteaux de l'Osse et du Liset

beaucoup de texte pour 2 photos désolé mais je voulais quand même parler de lui

 

à bientôt !

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