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La danse des demoiselles

Publié le par tytothomas

coeur demoiselles

Accouplement d’Agrion porte-coupe, Enallagma cyathigerum.

 

 

Aujourd’hui bizarrement j’ai envie de vous parler de demoiselles qui nous envoutent, de vous présenter les libellules, ces merveilleuses fées qui dansent autour des points d’eau.

 

Impressionnantes par la grâce de leur vol, la finesse et la fragilité de leurs ailes, leur vitesse et leur agilité, elles ont, de tous temps, fasciné les Hommes. Maintenant bien perçues par tout le monde, elles étaient autrefois beaucoup plus craintes. Certes certains les voyaient comme des fées protectrices mais au moyen-âge la plupart y voyaient de redoutables dragons volants (image dont on trouve encore des traces dans leur nom anglais « dragonfly »), venimeuses, dont les ailes coupent comme des lames de couteaux.

 

Les odonates sont connus pour être parmi les premiers insectes à être apparus, il y a environ 320 millions d’années, au Carbonifère. On en retrouve parfois fossilisés, atteignant jusqu’à 72 cm d’envergure, ce qui correspond à l’envergure d’un faucon crécerelle (source : Les libellules de France, Belgique et Luxembourg, Daniel GRAND et Jean-Pierre Boudot, 2006, éditions Parthénope).

 

 

La vie d’une libellule commence par un œuf minuscule (de 0,5 mm de long jusqu’à 2 mm selon les espèces), pondu dans la végétation aquatique ou lâché en plein vol au dessus de l’eau.


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Femelle d’Anax empereur. Anax imperator en train de pondre.

 

 

De cet œuf émergera une larve qui grandira sous l’eau et muera pour grandir. Elles sont de redoutables prédateurs et peuvent se nourrir de crustacés, mollusques, autres larves de libellules, larves de moustiques ou d’autres insectes, têtards, petites grenouilles et petits alevins qu’elles chassent à l’affût ou à l’approche. On compte de 8 à 18 mues selon les espèces. Cette phase durera en France de 6 semaines à 6 ans selon les espèces et les conditions de vie.

 

Cette larve sortira ensuite de l’eau, se fixera sur une tige ou un autre support et se métamorphosera. La libellule émergera ensuite puis, après une phase de maturation, deviendra un adulte volant comme cette aeschne (Aeshna sp).

 

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Cet adulte volant sera également un prédateur redoutable, se nourrissant d’insectes attrapés au vol comme cette femelle puis ce mâle de Caloptéryx vierge méridional (Calopteryx virgo meridionalis).

 

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L’adulte va ensuite chercher un partenaire avec lequel il s’accouplera comme ces Orthétrums à stylets blancs, Orthetrum albistylum.

 

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Parfois une erreur de reconnaissance conduit à des accouplements interspécifiques qui n’aboutiront pas comme ce Gomphe joli, Gomphus pulchellus, qui tente de s’accoupler avec un Gomphe vulgaire, Gomphus vulgatissimus (ci dessous).

 

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Si elles peuvent se confondre elles-mêmes imaginez un peu la difficulté pour les identifier.

Pour reconnaître ces adultes, le moins hasardeux est de suivre une clé de détermination. Cette méthode est dichotomique, c'est-à-dire qu’elle pose une question à laquelle il n’y a que 2 réponses possibles. Chacune des réponses amène à une seconde question à laquelle il n’y a que 2 réponses possibles. En suivant cette clé on trouve l’espèce.

 

Aventurons nous ensemble à ce petit jeu.

Tout d’abord il existe 2 sous ordres, les Zygoptères et les Anisoptères.

Les Zygoptères sont appelés plus familièrement les demoiselles. Ils replient leurs ailes sur leur dos au repos. Ils ont les ailes antérieures et postérieures identiques. Ce sont par exemple les lestes comme ce Leste brun, Sympecma fusca

 

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ou les Calopteryx comme ce Caloptéryx vierge méridional (Calopteryx virgo meridionalis).

 

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Les Anisoptères ont les ailes ouvertes au repos et les ailes antérieures plus étroites que les postérieures.

En voici quelques uns :

 

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  La Libellule déprimée, Libellula depressa

 

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Le Gomphe semblable, Gomphus similimus

 

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L’Orthétrum bleuissant, Orthetrum coerulescens

 

Sympetrum-de-Fons-colombe.jpg Le Sympétrum de Fonscolombe, Sympetrum fonscolombii

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  Le Crocothémis écarlate, Crocothemis erythtraea

 

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Ou encore une espèce beaucoup plus rare, classée sur la convention de Berne ainsi que sur les Annexes II et IV de la Directive Habitat, la Cordulie à corps fin, Oxygastra curtisii.

 

Essayons donc d’identifier une espèce :

 

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Au repos, les ailes sont ouvertes, c’est donc un Anisoptère.

 

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Les yeux sont rapprochés et juste en contact par un point.

Il faut ensuite regarder les nervures de l’aile et plus précisément les cellules discoïdales (entourées en rouge ci-dessous).

 

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  On en déduit le genre Cordulegaster. Nous sommes ici en présence du Cordulégastre annelé, Cordulegaster boltonii boltonii.

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  Voici le mâle

 

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et la femelle.

 

Merci à Jean-Michel Catil pour m’avoir confirmé ou infirmé des identifications

ainsi que pour les identifications de certaines espèces.

 

A bientôt

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did 27/10/2011 07:28


Très bel article, très intéressant accompagné de superbes photos macros.
Merci pour ce cours magistral


Jean-Luc 27/10/2011 03:55


Bonjour, une jolie série de macro, des insectes que je vois souvent lors de me balades, mais je serais bien incapable de faire la différence entre les différentes espèces de libellules et
demoiselles, bonne journée. Amitiés