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Ils ont sauvé mon arbre...

Publié le par tytothomas

Je vous entends déjà d'ici, mais qu'est-ce qu'il raconte encore ? ces insectes tuent les arbres...ils ne les sauvent pas... Eh bien d'une certaine façon si !

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Pique prune (ou Barbot) - Osmoderma eremita

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Lucane cerf-volant - Lucanus cervus

12Grand capricorne - Cerambyx cerdo

 

Ces 3 coléoptères vivent dans les vieux arbres. On les associe donc souvent, à tort, à la mort de l'arbre. Mais ils n'en sont pas la cause mais la conséquence.

 

Pour une raison ou une autre, l'arbre dépérit. Parfois c'est qu'on a construit partout autour, d'autres fois c'est parce qu'on a abimé la base du tronc, fait une mauvaise taille ou trop drainé le site.

 

Cela favorise donc l'apparition de ces coléoptères saproxyliques, c'est-à-dire des insectes qui dépendent pendant une partie de leur cycle de vie du bois mort ou mourant, de champignons arboricoles ou de la présence d’autres organismes se nourrissant du bois mort.

Ils sont particulièrement menacés en raison de la perte de leur habitat.

 

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Pique prune (ou Barbot) - Osmoderma eremita

Le Pique prune est une cétoine de très grande taille (20-35 mm) appartenant à la famille des Scarabéidés.

Les insectes qui s'attaquent au bois sont souvent spécialistes et se retrouvent dans une seule essence d'arbre, mais celui-ci ne s'attaque pas aux parties vivantes de l'arbre, sa larve vit dans le terreau qui se forme par la dégradation de l'intérieur de l'arbre. La dégradation du bois en terreau permet de retrouver des conditions similaires chez différentes essences.

On peut ainsi le retrouver dans les chênes (Quercus sp.), hêtres (Fagus sylvatica), saules (Salix sp.), peupliers (Populus sp.), frênes (Fraxinus excelsior), arbres fruitiers (Prunus sp., Malus sp.), tilleuls (Tilia sp.), châtaigniers (Castanea sativa), ifs creux (Taxus baccata) et même exceptionnellement dans de vieux platanes (Platanus sp.).

 

Pour retrouver du terreau en quantité suffisante dans le coeur d'un arbre, vous vous doutez bien qu'il faut des centaines d'années. On ne le retrouve donc que dans des très vieux arbres, ou à défaut dans des arbres taillés en têtards.

 

Ces arbres sont de plus en plus rares, tout d'abord en raison des événements des siècles derniers (coupe des grands arbres pour la production de bateaux, coupe des forêts pour la production de charbon de bois au début du siècle, arrachage des haies pendant les remembrements, exploitation trop intensive des forêts dans un but de production...). Aujourd'hui, on en retrouve dans de rares forêts (comme la forêt de Saint Pée-sur-Nivelle où j'ai observé cet individu en 2010) et principalement dans les parcs des châteaux et autres monuments historiques. Malheureusement, ils sont bien souvent abattus pour des raisons de sécurité du public, un peu trop rapidement et sans réfléchir à toutes les solutions alternatives. L'insecte perdant son habitat, cherchera alors un autre arbre, en vain.

Il faut laisser vieillir nos arbres bien plus que pour l'exploitation... Un chêne est censé vivre entre 600 et 1000 ans !

 

Le Pique prune est quasi menacé à l'échelle mondiale (NT par l'UICN) et en danger d'extinction en France (EN), protégé en France et inscrit aux Annexes II et IV de la Directive Habitat.

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Lucane cerf-volant - Lucanus cervus

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Larve, devant une pièce de 1€

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Le Lucane cerf-volant peut atteindre 8 cm de long. Il est inconfondable en raison des mandibules hyper développées que porte le mâle. La tête, le thorax et les pattes sont noirs ou brun-noir alors que les élytres et les mandibules sont marron.

Les larves sont capables de se développer en se nourrissant du bois en décomposition de beaucoup de feuillus mais préfèrent les chênes (Quercus sp.). On voit parfois les adultes voler au crépuscule au mois de juin (la période d’activité ne dure qu’environ 3 semaines). Après l’accouplement, les femelles recherchent des souches des arbres morts ou sénescents présentant de nombreuses racines. Elles s’enfouissent dans le sol à une profondeur de 30-50 cm et pondent dans le terreau de bois en décomposition Après l’éclosion, les larves se nourrissent pendant quelques jours de radicelles, puis passent rapidement à du bois mort des racines ou de la souche où elle va grandir pendant 5 à 6 ans, jusqu'à mesurer plus de 10 centimètres. A la fin de l’été, elle construit un cocon ovoïde formé de terre et de particules de bois, dans lequel elle se métamorphosera à l’automne. L’adulte passe ensuite l’hiver et le printemps dans ce cocon protecteur et n’en sortira qu’au début de la période de reproduction.

 

Le Lucane cerf volant est inscrit à l'Annexe II de la Directive Habitat.

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Grand capricorne - Cerambyx cerdo

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Le Grand capricorne peut mesurer jusqu’à 17 cm, antennes comprises. Il est entièrement noir brillant, à l’exception de l’extrémité des élytres qui est rougeâtre. Il se retrouve dans les chênes (Quercus) affaiblis par des blessures ou des champignons.

Après l’accouplement, la femelle pond ses oeufs isolément dans des anfractuosités de l’écorce ou des blessures de vieux chênes. Ces arbres sont généralement sénescents, isolés et exposés à la lumière. Puis, après l’éclosion, la larve traverse l’écorce pour se loger juste sous cette dernière, là où la valeur nutritive du bois est la plus importante. La seconde année, la larve s’enfonce dans le bois où elle creuse des galeries sinueuses. Le cycle complet dure 3-4 ans. A la fin du dernier été, la larve construit une galerie ouverte vers l’extérieur, puis une loge qu’elle obture avec une calotte calcaire avant de se métamorphoser. L’adulte attendra l’été suivant pour quitter sa loge.

 

Il est classé Vulnérable à l'échelle mondiale par l'UICN. Il est protégé au niveau national et inscrit en Annexes II et IV de la Directive Habitat.

 

Les beaux arbres ne sont malheureusement pas tous classés. La plupart ne sont donc pas protégés et risquent d'être abattus sur un coup de tête du propriétaire ou pour un projet de grande ampleur (autoroute, ligne TGV, aéroport., ligne à très haute tension...).13

Mais même si l'arbre n'est pas protégé, lorsqu'il est vieux et creux, il peut abriter d'autres espèces :

          - des chauves souris comme on l'a vu précédemment avec le Murin de Beschtein ;
          - des chats forestiers ;

          - des oiseaux comme la chouette hulotte ;

          - des coléoptères comme ceux qu'on vient de voir.

 

Et comme certaines lois sont bien faites, ce ne sont pas uniquement ces espèces qui sont protégées, mais aussi leur habitat. Et l'habitat des trois espèces que nous venons de voir c'est ... cet arbre ! et voici comment indirectement, l'hôte va sauver celui qui l'héberge.

 

C'est d'ailleurs ce statut, qui est à l'origine de l'interruption de la construction de l'autoroute A28 (Tours - Le Mans), cas bien connu, car l'autoroute devait traverser une zone de la forêt de Bercé (Sarthe) et s'y est subitement arrêtée car on y a trouvé du Pique-prune. Ce statut peut, en théorie, protéger l'arbre !


Malheureusement pour de tels projets qualifiés d'intérêt général, une espèce protégée peut être détruite si des mesures de compensations sont prises. Cette solution qui, il faut le dire peut être utile parfois, est une faille de cette loi qui peut avoir des conséquences graves. C'est dommage de terminer cet article par une note aussi négative mais c'est important de le comprendre.


Après plus de 5 ans d'immobilité du projet, les arbres ont finalement été arrachés et replantés ailleurs. Je connais peu cet exemple, mais peux vous parler d'un cas analogue dans la forêt de Saint-Pée-sur-Nivelle, où devait être construit un barrage. La situation était simple, avec l'urbanisation grandissante plusieurs personnes ont bêtement construit leurs maisons en zone inondable. Les inondations se produisaient seulement quelques fois par siècle, mais en raison de cette aberration, la municipalité a dû sécuriser la zone. Ils ont alors décidé de créer un barrage écrêteur de crue. Ce barrage présente une ouverture par laquelle s'écoule l'eau quand le niveau d'eau est normal. Quand le niveau monte, puisqu'on a construit n'importe où, tout risque d'être inondé. Le barrage retient alors une grande partie de l'eau. Cette eau forme alors un lac pour une courte période.

A l'endroit où se trouve ce barrage se trouvait une magnifique forêt classée en Arrêté Préfectoral de Protection de Biotope. On y trouve sur plusieurs hectares des chênes taillés en têtard âgés de 400 à 600 ans. Un patrimoine naturel rare et témoin du passé des hommes de la vallée, quand on avait besoin régulièrement de bois pour se chauffer mais aussi des glands pour nourrir les cochons. Abattre un arbre aurait posé problème car il aurait fallu attendre plusieurs années pour qu'un jeune chêne produise des glands, la solution était donc la taille.

Dans ces superbes arbres, vous l'avez compris, se trouvait du Pique prune. La solution trouvée a été catastrophique pour la forêt. Les 14 arbres placés sous le tracé du barrage ont été taillés, arrachés puis replantés. Sauf qu'on ne peut pas transplanter un arbre de 600 ans. Ces géants ayant plusieurs fois un âge que l'on n'atteindra jamais ont donc été tués puis replantés comme de vulgaires piquets de clôtures. J'ai pu constater qu'ils ne contenaient plus de terreau, peut-être perdu pendant le transport des arbres. Voici le résultat :

17.jpg18.jpgCe résultat est donc catastrophique. Les arbres sont morts et ne présentent plus d'habitat favorable au Pique prune. Les autres chênes situés derrière n'ont profité d'aucune mesure et bien qu'ils n'aient pas été arrachés se retrouvent régulièrement inondés, on peut d'ailleur observer d'inquiétantes traces noires coulant des cavités des arbres...

 

ça fait longtemps que je voulais le faire cet article^^, j'ai étudié ce cas pendant ma licence professionnelle à Anglet, pour comprendre qu'une mesure compensatoire mal faite peut être catastrophique, pour apprendre ce qu'il ne faut pas faire, maintenant que je suis en bureau d'étude j'y pense souvent...et éviterai de faire cette erreur.

C'est tellement dommage de détruire d'aussi beaux arbres... 

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Pour la biblio qui m'a bien servi à ne pas dire de bêtises (merci Guillaume) :

CSCF, 2004 - Juillerat, L. & Vögeli, M. - Gestion des vieux abres et maintien des Coléoptères saproxyliques en zone urbaine et périurbaine. 

 

à bientôt !

Commenter cet article

Marion 20/01/2014 19:12

Bonjour,
Je suis tombée par hasard sur votre article recherchant des informations sur le pique prune et l'A28 (qui est très bien fait d'ailleurs!), et il se trouve que je réalise un exposé sur ce sujet dans
ma licence pro BAEE à Anglet! Voilà c'était juste pour faire un petit clin d'oeil car j'ai trouvé la situation amusante :)
Bonne continuation.

tytothomas 20/01/2014 22:57



quelle mafia, on est partout^^. Bonne continuation à toi aussi :-)



Valforet 05/04/2013 19:44

très bel article !

raymond 09/02/2013 20:17

Cette publication riche en images et texte de qualités est très intéressante !

did 23/01/2013 22:36

très bel article, très enrichissant, merci pour le partage

ame-a-la-mer.over-blog.fr 20/01/2013 10:33

ma photo préférée c'est bien sur la dernière !!
A part ça, très bel article !!

tytothomas 20/01/2013 20:33



Je me demande bien pourquoi^^ mdr, mais l'avant dernière aussi non ?


Bisous