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Il y a des soirs comme ça...

Publié le par tytothomas

ça y est, c'est le renouveau, le bonheur des herpétos. De plus en plus d'amphibiens sortent. Ayant attendu longuement cela, j'ai décidé d'investir dans un projecteur rechargeable. Je peux ainsi éclairer comme il faut les mares pour repérer leurs habitants.

Hier soir, après un rapide tour dans le jardin, je vais voir la mare du bas. 4 grenouilles agiles, une ponte, 3 crapauds communs et quelques dizaines de tritons palmés.

ça y est, enfin, le feu vert de Dame Nature pour les prospections amphibiens. Je vais voir un peu plus loin dans une mare que je connais et qui regorge de vie, dans laquelle je voyais des tritons palmés, des grenouilles vertes, crapauds communs et couleuvres à collier. Je la retrouve couverte d'algues ! Les chevaux parqués dans cette prairie ont trop enrichie l'eau de leurs déjections et le côté de la mare en pente douce est complétement labouré par les sabots.

 

Ce soir je décide donc de partir vers 23h dans la campagne toute proche.

 

Je commence par faire environ 50 m et j'arrive sur l'ancienne mare, au fond de laquelle se trouve une source, mais qui a malheureusement été comblée en 2003. Un coup de génie du propriétaire puisque chaque année la moitié de la terre utilisée pour combler la mare se retrouve sur la route.

J'arrive donc là. Petit point d'écoute avant de jeter un oeil. Ah, un chant, comme deux boules de pétanque qui s'entrechoquent. Cela me suffit pour le reconnaître, je l'avais eu dans la mare du bas du jardin il y a quelques années, c'est le pélodyte ponctué (Pelodytes punctatus).

 

Je m'approche donc silencieusement et essaie de le repérer d'abord à l'oreille, puis j'allume ma lampe. Après une petite recherche, le voilà avec son camouflage parfait.

 

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Parmis ces ornières, seule la vue d'un passionné peut permettre de le retrouver. Il est là, minuscule et fragile, si petit avec un chant si puissant.

 

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Il est tellement mimétique avec son dos qui paraît couvert de mousse. On croirait voir de la terre, des brindilles recouvertes de mousses et de lichens.

 

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Une si belle rencontre dès le début d'une sortie, c'est prometteur. Pourtant, quelquechose ne va pas.

 

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En effet, il ne me faut pas longtemps pour m'apercevoir qu'il est seul, absolument seul. Il ne garde pas fièrement une mare ou une belle flaque, non, il appelle juste désespérément des congénéres qui ne viendront probablement jamais.

 

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Il tronne ainsi, chantant et ne se décourageant pas. Il est seul dans cette étendue vide, entre 2 rangs de blé, dans une ornière de tracteur ne contenant qu'un fond d'eau, à deux pas d'un lotissement.

A sa grande chance cependant son chant est discrêt, ce n'est pas le flutté de l'Alyte accoucheur ni le coassement d'autres batraciens qui agasse les voisins et l'aurait condamné à un coup de bêche ou de pied. Mais quel avenir seul dans un champ ? en cherchant ses congénères je découvre dans une autre ornière 3 larves de salamandres, avec leurs branchies apparentes et le point blanc à la base de leurs pattes. Quel avenir pour elles ? pour toutes ces espèces ?

 

Allons, arrétons de déprimer. Je connais ce secteur comme ma poche, j'y ai grandi et passé la plus grande partie de mon temps alors je sais où trouver des milieux préservés. C'est vrai que ça fait quelques années que je n'ai pas pu venir, avec le BTS en Deux-Sèvres et la licence pro à Anglet, mais ça n'aura pas changé aussi vite. Je continue alors, découvrant de nouvelles maisons par-ci par là.

 

Tiens là il y avait une mare au milieu des broussailles, ça fait longtemps que je n'y suis pas passé. Je décide d'aller y jetter un oeil, voir si l'on peut apercevoir quelque chose à travers les pruneliers. Cela s'avère plus simple que prévu, au lieu de trouver le site que je connaissais je longe un champ de blé et arrive sur la mare, à moitié ouverte et recreusée. Deux ragondins se sauvent à mon arrivée. Il n'y en avait pas avant. J'entends tout de même une grenouille agile, une seule, et j'apercois un triton palmé.Toujours pas de triton marbré, j'en avais pourtant jusque dans le jardin avant que soit construit le lotissement.

Même là dans la campagne je ne les vois plus.

 

Je longe alors le ruisseau entouré de haies, tous les souvenirs me reviennent : la rencontre avec un chevreuil, la traversée d'herbes plus hautes que moi qui me menait jusqu'à d'immenses fourmilières, le petit putois que j'avais suivi sans qu'il me voit ou encore les orchidées.

Tiens c'est bizarre le champ n'allait pas si près du ruisseau avant... tiens, la moitié de cette mini zone humide a été labourée et est cultivée, ah, une mare a été creusée pour mieux drainer la parcelle. Ce n'est peut-être pas si mal que cela, il peut y avoir quelques amphibiens. Je m'approche doucement, vois un couple de canards colverts inquiets, puis enfin une dizaine de grenouilles agiles, quelques tritons palmés et quelques crapauds communs. J'entends chanter les grenouilles et les crapauds dans un concert plus que discrêt. Les bords sont abruptes et la mare profonde, ça ne leur plait pas du tout.

 

Je décide alors de rejoindre la route, je longe le champ pour ne pas abimer les productions et me retrouve face à une effraie des clochers. Elle est posée sur un arbre, immobile. Elle me regarde puis s'envole sans un bruit. Toujours cette effraie qui a su déclencher ma passion il y a déjà 18 ans de cela. Elle me redonne l'espoir, me remotive.

 

Je poursuis alors de l'autre côté de la route, dans un autre champ, vers une autre mare. Elle est isolée mais toujours bordée d'arbres. Un chevreuil y boit paisiblement. Encore une fois, une déception, seuls quelques tritons palmés.

Je m'aprette à regagner la route et un autre rapace nocturne me rend visite, un hibou moyen-duc qui fait du surplace juste au dessus de moi. Il est vrai que je suis à ce moment là au bord du bois de pin qui servait de dortoir à une trentaine de ces magnifiques rapaces nocturnes pendant plusieurs hivers. Pourtant, j'y étais retourné le mois dernier et n'avait rien vu. La parcelle a été partiellement exploitée, une rangée d'arbres sur deux a été récoltée.

 

Je regagne alors la route, le coeur battant un peu plus fort, mais déçu de n'avoir toujours pas trouvé le moindre triton marbré.

J'ai une dernière chance, encore plus loin se trouve une très ancienne maison en ruine, avec ses superbes écuries en pierre et leur magnifique voute. Devant ce corps de ferme une petite grange en bois et une mare. Je décide de m'y rendre.

 

Soudain je me rends compte qu'il y a encore quelque chose qui a changé, il manque la moitié d'une haie. Encore un superbe endroit où on trouvait encore du bois mort, des arbres magnifiques. Le rossignol y nichait et entonnait sont chant envouteur.

Je prends peur, et me dépeche d'aller voir plus loin. Dans la prairie qui était remplie d'orchidées (Anacamptis pyramidalis) et où je voyais quelques tariers des près, je vois un bulldozer et un autre camion aussi gros. C'est finit, le reste de haie sera surement arraché demain, la prairie tassée un peu plus jusqu'à être labourée.

J'arrive à cette vieille ferme, la grange est tombée, les belles écuries ont été abatues, ça fait surement plus de place pour les vaches. La mare s'est eutrophisée, surement trop de lisier, elle ne contient que des tritons palmés.

 

Je rentre alors déçu, cherchant des détails rassurants. Tiens, les vieux poiriers qui doivent avoir entre 50 et 100 ans, à moitié morts, où je voyais des huppes, loriots et autres oiseaux. 5 d'entre eux sont là, couchés sur le côté, abattus.

 

Je rentre la gorge nouée, il se met à pleuvoir comme pour cacher quelques larmes. La chouette effraie revient et m'arrache un sourir. Elle se pose juste devant moi sur un arbre et me regarde tranquillement pendant une ou deux minutes. Elle se lisse les plumes pas inquiète.

Mais je suis bête, j'en oublie que j'ai l'appareil. Il pleut mais je tente une photo :

 

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Ah oui, raté, j'ai le 18-55 ça ne suffit pas. Mais il pleut, que faire ? je change alors d'objectif en me protégeant du mieux possible de la pluie. Le stress me pousse a aller vite, je ne vois rien, ne veux pas me rater et voulant aller trop vite je n'arrive pas à enclencher le 75-300. L'effraie reste là, curieuse.

ça y est, après avoir bataillé je peux enfin tenter une photo potable. Après m'avoir fixé un moment, l'effraie m'ignore maintenant.

 

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Mais pourquoi tu tournes la tête ? elle s'envole, passe au dessus de moi et se repose à la même distance mais de l'autre côté. Je veux retenter mais la pluis s'intensifie... le matériel d'abord. Elle me fixe un moment puis s'en va. Je prends ça comme un "vas y continues, ne laisses pas tomber tu peux faire changer des choses".

 

Cette fois je rentre, heureux de l'avoir rencontré mais vraiment déçu d'avoir vu mon paradis réduit à néant.

 

Désolé pour cette séance déprime, vivement la fin du master 2 que je puisse vraiment faire de la gestion et protéger des sites comme celui là, de nature ordinaire mais menacée...

 

                                                                                                                                                                                 à bientôt,

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Nathalie 25/04/2011 00:58


Je viens de découvrir ton blog. Je l'ai dévoré à tel point que je me suis oubliée devant l'ordi. Heureusement, demain, c'est férié.
Très bien conçu, très formateur et "vulgarisant", de superbes photos notamment des passereaux, comme tu le dis, de la nature ordinaire mais qui nous accompagne chaque jour au pied de nos
habitations !!
Continu comme ça; la vulgarisation donne la connaissance et peut être la connaissance donnera-t-elle plus de conscience !?


tytothomas 25/04/2011 15:46



Merci beaucoup ! c'est important en effet de montrer qu'il faut tout protéger et non pas uniquement les tigres, les lions et les baleines^^. On sous-estime trop souvent la richesse qu'on a chez
nous !



Ludovic Mascart 13/03/2011 09:50


C'est déchirant.

Le sentiment d'impuissance est réel, pourtant il faut s'accrocher et le peu qu'on fait, c'est déjà ça de gagner.
Il faut du temps pour changer les mentalités...


Danielle 28/02/2011 12:02


Justement, c'est la nature ordinaire qui a le plus besoin de nous, c'est elle la plus menacée, la sacrifiée. Pour en revenir aux déplacements, on le fait bien lors de ramassage de bratraciens pour
les traversées de route... Je ne vois guère de différence, dans les deux cas, c'est pour les sauver. Quelquefois, il faut savoir oublier les lois quand c'est pour la bonne cause et uniquement pour
une cause juste et justifiée. Tu ne laisserais pas un crapaud dans une ornière alors que le tracteur approche j'imagine ! Anecdote : je me suis lancée au milieu d'une route citadine pour ramasser
un hérisson coincé entre les flots des véhicules et qui ne pouvait pas traverser. J'ai arrété les véhicules, pris l'animal dans mon gilet, expliqué brièvement que l'animal était protégé, remercié
les conducteurs et porté la bestiole dans un vaste jardin proche.


Danielle 28/02/2011 11:57


J'y suis revenue sur ton blog... Tu m'as tellement émue ! Il a de super beaux yeux ton pélodyte !


Danielle 28/02/2011 09:47


Ce blog est vraiment très sympathique et bien écrit... J'aime cette balade, et toutes les émotions qu'elle reflète et retransmises. N'est-il pas possible ou envisageable de déplacer les crapauds
ainsi isolés et les porter dans des lieux plus propices , puisque tu connais bien les bons coins ? C'est sans doute ce que je ferais avec l'aide de quelques naturalistes amis... N'existe t'il pas
une assoc. naturaliste proche de chez toi qui se préoccupe un peu des paysages et des sites naturels ? Ton désarroi est hélas aussi le mien et de beaucoup d'autres qui assistons aux mêmes "petits"
désastres qui finiront par en faire un grand... Danielle


tytothomas 28/02/2011 10:26



Merci, je vais voir avec le CPIE mais je pense qu'il n'y a pas suffisement d'espèces "déterminentes" pour protéger ce site, comme je le dis c'est de la nature ordinaire... Pour ce qui est de
déplacer les individus c'est interdit par la loi, malheureusement dans ce cas là.