Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Encore des dégâts d'ours dans les Pyrénées !

Publié le par tytothomas

Beau début pour un article de la Dépêche du Midi, qui pourrait même en faire la une, on est certains de vendre beaucoup de journaux.
Oui, la bête a encore frappé, le prédateur est sorti de son sommeil, affamé, en une nuit il aura fait plusieurs milliers de victimes. D'un coup de patte il a éventré... des fourmilières ?!?
2132Oui c'est sûr, d'un coup c'est moins vendeur, allez vendre un journal avec un fait divers comme celui-là... Donc personne n'en parle, on préfère l'ignorer, gardant l'image de bête sanguinaire et dangereuse. Pourtant la viande ne représente qu'environ 10% de son régime alimentaire, le reste c'est 70% de végétaux (oui, un ours ça broute comme une vache et ça mange des baies) et 20% d'insectes dont ces fameuses fourmis.
232 fourmilières éventrées, c'est tout ce que j'ai pu voir du passage de l'ours en 2 jours de rando. Pourtant, Pyros, Balou et Moonboots étaient tous les 3 dans le secteur jeudi dernier !

Je ne nie pas le fait que 150 brebis meurent chaque année dans les Pyrénées, ni le côté affectif, mais ça ne représente qu'1% des pertes, 150 brebis sur les 15 000 à 50 000 brebis qui meurent chaque année sur les estives, le reste étant dû à la foudre, aux attaques de chiens errants, aux chutes... D'ailleurs depuis que des efforts sont faits pour maintenir l'ours dans les Pyrénées (qui n'en a jamais disparu), d'importants fonds ont été donnés pour le développement des Pyrénées, que ce soit pour la restauration des cabanes de bergers, l'achat des clôtures pour les troupeaux, l'achat, le dressage et le nourrissage des chiens de protections (qui ont limité les attaques de chiens errants faisant ainsi baisser le nombre de brebis tuées chaque année), l'indemnisation plus que généreuse des brebis,... C'est nécessaire d'accompagner les bergers dans la cohabitation !

Mais l'ours continue de diviser, certains sont pour (dont moi vous l'aurez compris... c'est dit), d'autres farouchement opposés, et, comme disent nos conteurs pyrénéens la plupart s'en foutent et en ont juste assez d'en entendre parler (Olivier de Robert) ou disent simplement qu'on ressent une neutralité bienveillante envers l'ours (Louis Espinassous).

"ça sert à quoi un ours ? pourquoi vouloir les garder ? il y en a dans les zoos pas besoin de les laisser dans la nature"... Allez dire au conservateur du musée du Louvre que la Joconde ne sert à rien, qu'une pâle copie dénaturée suffirait, que l'original peut finir au feu tant qu'on en a une photo, vous verrez ce qu'il vous répondra.. Oui, l'ours comme la Joconde, ça ne sert à rien, c'est juste du patrimoine, un des joyaux du patrimoine naturel qui a survécu jusqu'à nous. En moins de 1500 ans, la France a vu s'éteindre de son territoire presque toute sa grande faune : les bisons européens ont disparu au VIIème siècle, puis les élans (Charlemagne en chassait en l'an 800 dans les Vosges), les aurochs et les tarpans (des chevaux sauvages) vers 1600, les baleines franches du Pays Basque en 1852, le dernier bouquetin des Pyrénées le 6 janvier 2000 ... et l'ours a survécu. C'est notre Joconde des Pyrénées, tout simplement. ça ne sert à rien, ça coûte en moyenne 1 centime d'euro par an et par français, mais on ne peut moralement pas le faire disparaître.

Certains économistes chercheront des excuses, diront que l'ours rapporte. C'est vrai, pour le chercher bien que je n'étais pas là que pour lui, je suis parti du Gers direction les Pyrénées, j'ai dû prendre ma voiture (amortissement + essence), j'ai utilisé des chaussures de randonnée, des guêtres, des habits de terrain, un duvet, un appareil photo, des jumelles... C'est vrai, ça crée de l'économie, mais je préfère oublier ça et penser simplement que ça ne sert à rien, mais qu'il n'y a besoin d'aucune excuse pour le protéger, simplement parce qu'il est là.

Avec 22 ours sur toute la chaîne (20 dans les Pyrénées centrales et 2 malheureux mâles dans le Béarn) l'espèce semble aller mieux mais la consanguinité est comme une épée de Damoclès, Pyros, le mâle dominant, est à la fois le père et le grand-père des nombreux ours, il faut du sang neuf... les Espagnols nous promettent de lâcher 2 de leurs ours dans les Pyrénées centrales, d'autres seraient souhaitables de Slovénie où ils sont prélevés sur le plan de chasse.

Bon je change de sujet sinon je vais perdre la moitié de mes lecteurs, n'hésitez pas à réagir si vous le souhaitez !
Vous l'avez compris, j'y suis retourné, l'appel de la montagne est trop fort, une semaine de congés,... un coup d'oeil à la météo, un petit coup de fil à un ami pour savoir s'il n'y a pas trop de neige et finalement deux jours là-haut, seul ! J'annonce la date de mon retour, je laisse à mes parents le numéro d'un ami qui connaît par coeur le parcours que j'emprunterai et le rêve redevient réalité.
24Je reprends le sac à dos, je le charge d'habits pour passer une nuit froide tout en haut, la toile de camouflage, de quoi manger, mes jumelles, mon appareil photo et ses objectifs, la batbox (qui n'aurra pas servi finalement) et c'est parti !

A chaque saison ses surprises, ma première rencontre sera ce bruant fou :

2Bruant fou - Emberiza cia
22

Je remonte dans la hêtraie, puis la sapinière, je sens dans les jambes que les randonnées des mois derniers n'étaient pas en montagne mais en plaine, mais plus je monte, plus le sourire revient. Vers 1300 mètres, la neige est encore là mais fond rapidement. Dans les ruisseaux quelques grenouilles rousses nagent encore au milieu des pontes. Entre les plaques de neige, les narcisses sont en fleur.

3Narcisse sauvage - Narcissus pseudonarcissus
5Les érythrones dent-de-chien - Erythronium dens-canis sont également fleuries

6

4

Les mousses aussi se réveillent...

7

... comme ces Polytrichum

20

et quel paysage !

8

9

26

Puis je rejoins déjà mon refuge habituel pour la nuit. La fonte des neiges crée de véritables torrents et toute la prairie est inondée, partout autour du refuge :

16

17

18

19

Je m'installe puis ressors de ma petite cabane, discrètement. Je jette un oeil autour de moi et vois d'abord une biche, puis une autre et un cerf :

10

Cerf élaphe (♀) - Cervus elaphus

11

12

13

14

Soirée passée à réfléchir tranquillement, sans écrire cette fois-ci, à faire le tri dans ma tête. C'est le charme de ces virées, pas de téléphone, pas d'ordinateur, rien d'autre qu'une bougie pour s'éclairer et un bon casse-croûte. Nuit très venteuse, mais reposante.

Le lendemain matin le jour se lève à peine que je suis déjà sorti. Je me pose sur un rocher, face à la vallée, camouflé, emmitouflé dans mon gros manteau et j'attends. Toujours pas d'ours, ce n'est pas grave, l'affût se transforme en séance de relaxation, respiration, méditation. Je refais le plein d'énergie et de sourires avant de redescendre. Devant ce paysage, c'est le rêve ! Le jour se lève, puis le soleil et je vois des voitures se garer près de la mienne tout au fond de la vallée. Des randonneurs arriveront dans quelques heures. J'attends calmement, puis au bout de quelques heures je me décide à bouger. Je repasse au refuge, range mes affaires et repars me balader. Le gros sac restera là toute la journée, pas besoin de le prendre partout avec moi.

Au passage pour ceux qui voudraient faire pareil, dans mon petit sac je n'ai que mon appareil photo, mes jumelles, un peu de plâtre pour si je trouve des empreintes d'ours et le nécessaire vital : de l'eau et des comprimés désinfectants pour boire l'eau du ruisseau (même si je préfère éviter, Gilles Boeuf, président du MNHN nous l'a rappelé il n'y a pas si longtemps, le premier écosystème à préserver c'est nous et toute notre flore bactérienne), une paire de lacets de rechange (si ça pête quand on est tout en haut on ne va pas redescendre pieds nus), une couverture de survie et un sifflet (ça peut toujours servir pour appeler au secours).

 

Bref je repars, vois passer un isard et quelques oiseaux :

25

Un accenteur alpin - Prunella collaris

27

 Anémone hépatique ou Hépatique noble - Hepatica nobilis

28

29

Puis une silhouette reconnaissable parmi 1000 autres, le Gypaète barbu - Gypaetus barbatus

30

Ou encore le Grand corbeau - Corvus corax

Je prends mon temps puis repasse chercher mon gros sac pour entamer la descente. Et évidemment, c'est sur le chemin du retour que je trouve un superbe tas de crottes de Grand tétras, dont certaines très fraiches, sous un magnifique perchoir. Tant pis, ça sera pour une autre fois...

31

Je quitte la sapinière, puis reviens dans la hétraie, une couleur domine, un vert vif et tendre.

33Déjà de retour dans le Gers, j'essaierai de trouver le temps pour faire quelques photos, vous présenter mon coin avant qu'il ne soit définitivement défiguré en surface et en profondeur.

A peine rentré retour à la réalité, le sourire retombe : le projet de recherche de gaz de schiste est autorisé par la DREAL de Midi-Pyrénées et une 2x2 voies traversera bientôt le Gers...

 

Merci Léa Noël pour les identifications en bota

à bientôt !

Commenter cet article

Jeff 02/07/2012 12:15

Bonjour,
J'aimerais emmener mon fils Baptiste (12 ans) le WE prochain pour une randonnée dans les Pyrénées 'à la recherche de l'ours'. On est plutôt sportifs, prêts à dormir en refuge voire sous tente, mais
je n'ai aucune idée de quel itinéraire choisir. En lisant votre récit, je me suis dit que vous pourriez peut-être me donner quelques conseils. Vous pouvez me répondre sur mon adresse email perso si
vous le souhaitez. Merci et bravo pour vos belles photos. Jeff

Quentin 14/05/2012 09:59

Condoléance pour ces pauvres familles de fourmis qui ont perdu tant de soeurs en même temps.

Baudouin 11/05/2012 19:27

L'ours arrive quand on ne l'attends plus. Il viendra. Bravo pour ce récit de solitude en montagne que j'aimerai vivre aussi.